Ce nom est présent dans toutes les villes de Hongrie. Chaque village possède une rue Rákóczi.

Ce grand personnage est aussi le symbole de l’amitié franco-hongroise, mais surtout un grand homme de l’histoire de la Hongrie.

Sa vie a été très mouvementée. Il a mené une guerre d’indépendance de la Hongrie contre les Habsbourg qui n’a certes pas abouti mais il a laissé son nom dans l’histoire. Il a aussi permis à la Hongrie d’obtenir certains droits. Il continuera la lutte même en étant en exil.

Cet article est un peu long car on ne peut résumer une vie si riche en événements et en anecdotes. Je l’appelle volontairement François car il était proche du peuple et francophile assumé. Petite histoire de ce prince haut en couleur.

François II Rákóczi de Felsővadász

François est né en 1676 à Borsi dans la région du Zemplén (ville qui a été rattachée à la Tchécoslovaquie suite au traité de Trianon). Beaucoup de grands hommes hongrois viennent d’ailleurs de cette région montagneuse du Nord de la Hongrie.

Son père mourra peu de temps après sa naissance. Il est le descendant des grandes familles qui avaient lutté ou conspiré contre les Habsbourg bien avant sa naissance. Sa destinée était donc déjà tracée. Mais comme si cela ne suffisait pas, sa mère se remarie avec Imre Thököly quand il a l’âge de 6 ans. Ce dernier lancera quelques années plus tard une guerre d’indépendance avec le soutien des Ottomans, mais il va sérieusement impliquer le jeune François dans la politique.

A l’époque la Hongrie était divisé en 3 parties: la partie Ouest annexé par les Habsbourg quand les Ottomans attaquait les Hongrois, la partie Ottomane qui était centrée sur le Danube et l’Est du pays qui était encore Hongroise, comprenant évidemment la Transylvanie.

Avec une telle famille, le jeune François se voyait mal soutenir les Habsbourg… Mais lorsque l’insurrection de son beau père échoue, il est placé sous la tutelle de l’Empereur Léopold 1er du Saint Empire et est emmené à Vienne avec son frère. Sa mère sera aussi à Vienne, mais internée dans un couvent. Il sera élevé ensuite par des jésuites à Jindřichův Hradec en Tchéquie et ira à l’université à Prague.

A l’âge de 18 ans il se marie avec une princesse allemande et devient ainsi un prince du Saint Empire. Sa sœur sera mariée à un puissant général autrichien. Bref, il semble destiné à une vie totalement différente de celle de son entourage et des guerres d’indépendance. 

Cependant, en 1698 il fait la connaissance d’un diplomate français, le Duc de Villars et rentre en contact avec Louis XIV. Il commence alors à rentrer dans les intrigues politiques. A cette époque, l’Autriche était très puissante en Europe. La France est l’ennemi héréditaire de l’Autriche et surtout à la recherche d’alliés. Cette amitié est une aubaine, la vie de François commence alors à basculer.

Célèbre peinture de François II Rákóczi de Felsővadász peinte par Ádám Mányoki.

Le basculement dans la lutte

Son amitié sulfureuse avec le Duc de Villars est découverte et François est emprisonné. Sa vie de prince du Saint-Empire est déjà compromise. Vraisemblablement il ne sera pas à la Cour des Habsbourg pour prendre le thé… Il se retrouve au cachot au Sud de Vienne. Vu le passif de sa famille, il va être condamné à mort. Sa femme alors enceinte élabore un plan pour le sauver.

Il s’échappe donc de prison pour se réfugier en Pologne (les Polonais sont les plus grands alliés des Hongrois, leur amitié date du Moyen-Age). Il reprend par la même occasion contact avec ses alliés français, qui sont heureux de retrouver une personne capable de faire de sérieux dommages à l’Autriche.

En 1701, la guerre de Succession d’Espagne fait rage, la plupart des grands royaumes d’Europe se font la guerre (d’un côté la France, la Castille, la Bavière et Cologne; de l’autre l’Angleterre, le Saint Empire, l’Autriche, la Savoie, le Portugal, Aragon). C’est d’ailleurs la dernière grande guerre de Louis XIV. Elle sera opportune pour François, car une grande partie des troupes autrichiennes sont envoyées en Espagne. L’occasion est trop belle pour être délaissée…

François se prépare alors à une insurrection et va bien évidement en prendre la tête à l’âge de 27 ans, peu après le décès de sa mère. Nous sommes en 1703 et une des plus grandes guerres d’indépendance de la Hongrie va marquer l’histoire.

Rakoczi parlement

La guerre de libération

Les Kuruc (forces anti Habsbourg de Hongrie, comprenant des Hongrois, des Slovaques et même des Turcs) se soulèvent à Munkács (actuellement en Ukraine) et demandent à François de prendre la tête de ce mouvement. Il mettra alors toute son énergie et ses ressources au profit des Kuruc. On passe d’une insurrection à une guerre de libération nationale. En français on appelle aussi ce mouvement la guerre des Malcontents (se référent à un Parti Catholique pendant les guerres de religion du XVIe siècle).

Bien sur, François n’est pas seul dans cette lutte. Les Polonais, fidèles alliés de toujours, envoient des troupes et des mercenaires. Louis XIV promet d’envoyer des troupes, mais envoie plutôt des ingénieurs, des stratèges et surtout de l’argent pour financer la guerre de libération.

D’un autre côté, les nobles hongrois ne soutiennent pas vraiment cette guerre. Pour eux c’est plus une jacquerie qu’autre chose, de plus ce n’est pas la première guerre contre les Habsbourg. Mais cette guerre obtient rapidement des résultats et François reprend possession d’une grande partie du Royaume de Hongrie. Les Autrichiens sont pressés de négocier ou de faire quelque chose pour y remédier.

Malheureusement, la France et la Bavière subissent une lourde défaite en 1704 à Blenheim (Bavière) contre l’Autriche et ses renforts Anglais. L’armée française ne rentrera pas en Autriche et ne pourra soutenir militairement François. Coup dur, car l’aide française diminue et il faut des troupes pour garder les territoires libérés.

Il va mettre en place des mesures économiques et réorganiser le pays pour pouvoir entretenir l’armée. Il va subir des défaites mais l’armée des Kuruc sera toujours présente. Les pourparlers pour l’indépendance vont commencer sans jamais se réaliser. Cette guerre n’a pas de gagnant. D’un côté la guerre de libération a eu de grands résultats, de l’autre coté la Hongrie ne peut rivaliser avec l’Autriche. Des négociations de paix ont lieu pendant des années sans résultats, Louis XIV retire son aide car la guerre se Succession d’Espagne ne se déroule pas comme prévue (même si l’issue sera légèrement en faveur de du Roi de France).

Le combat continue jusqu’à la bataille de Trencsén en 1708 (actuellement en Slovaquie). L’armée des Kuruc va subir une défaite décisive. Malgré les pertes, François s’engage personnellement et fonce à cheval vers les lignes ennemies, malheureusement il tombe du cheval et reste inconscient à terre. Ses soldats pensent qu’il est mort et abandonnent une bataille qui est déjà perdue malgré la supériorité numérique. Cette défaite signe la fin de la guerre d’indépendance.

Militairement, les hongrois n’ont ni gagné ni perdu. Politiquement, les objectifs ont été atteints, la Hongrie n’est pas devenue une province autrichienne germanisée (comme par exemple la Tchéquie devenue province allemande). D’un autre côté, même si la Hongrie n’est pas devenu un État indépendant, cette lutte n’a pas été vaine. L’empereur du Saint-Empire Charles VI autorisera une Constitution hongroise et une tolérance religieuse (la Hongrie comptant de nombreux protestants).

stèle rakoczi

Inscriptions et sculpture du cœur sous le buste de François II Rákóczi à Yerres.

L'exil

La guerre étant finie, les Kuruc rejoignent les forces de l’Empereur Autrichien en espérant de la clémence. Cependant François n’avait aucune confiance dans les Autrichiens et préférait s’exiler que de risquer la prison ou la mort. Ceux qui acceptaient l’autorité des Habsbourg pouvaient garder leurs biens et faire comme si de rien n’était.

Bien qu’il reçoit la clémence des Habsbourg s’il leur jure fidélité, il est hors de question pour lui d’admettre la souveraineté autrichienne. Il quitte la Hongrie pour la Pologne (pas vraiment une surprise). Le traité de pays se fera donc sans lui.

En Pologne, on lui propose la couronne de Pologne, mais il refusera l’offre. Après un peu plus d’un an en Pologne, il part en Angleterre. Mauvais calcul, car étant alliée avec les Habsbourg, la Reine Anne d’Angleterre lui refuse l’asile. Il traverse alors la Manche et va demander l’aide de Louis XIV. Il lui rappelle l’aide des Hongrois fournie pendant la Guerre de Succession d’Espagne qui touche d’ailleurs à sa fin. En effet, la France a repris la main et la coalition est à bout de souffle. Le futur traité de paix est l’ultime occasion de récupérer les territoires hongrois auprès des Autrichiens, le Roi de France est la dernière personne qui peut aider la cause.

Mais lors du traité de paix en 1714, aucune mention n’évoque la Hongrie. François n’étant pas reconnu en tant que prince légitime même s’il était accepté par la Cour et hôte officiel du Roi-Soleil. De plus ses enfant étaient retenus à Vienne pour éviter que sa descendance ne poursuivent le combat. Les Autrichiens connaissaient la famille depuis le temps…

Louis XIV meurt alors en 1715 et François pleure sincèrement sa mort. Il quitte Versailles et se retire pendant deux ans dans le couvent des Camaldules à Grosbois (actuellement Yerres, Essonne). Il y écrira d’ailleurs ses mémoires en français (« L’autobiographie d’un prince rebelle »).

Il accepte ensuite de rejoindre les Ottomans (toujours en guerre contre les Habsbourg) pour les aider contre les Autrichiens. On ne se refait pas, surtout quand on est un Rákóczi. Il arrive donc en 1717 à Tekirdağ (ou Rodosto), sur la mer de Marmara, où il y restera jusqu’à sa mort.

Dans ses derniers vœux, il a demandé à ce que son cœur soit enterré dans le couvent des Camaldules en France à Grosbois où il avait résidé. François était un grand amoureux et admirateur de la France, même si Louis XIV n’avait pu vraiment l’aider. Ses autres organes ont été enterrés dans l’église Grecque de Rodosto et son corps dans l‘église Saint Benoît à Galata (Istanbul) auprès de sa mère.

En 1905, sa dépouille a été transférée à Kassa (actuellement Košice en Slovaquie), où il a été inhumé avec sa mère et son fils. Son mémorial à Kassa est une réplique de sa maison à Tekirdağ.

Il existe un square Rákóczi dans la ville de Yerres depuis 1937, chaque année à lieu la célébration de l’amitié Franco-hongroise avec la présence de Mr l’Ambassadeur de Hongrie en France. Le buste visible sur la photo en dessous à été ajouté en 2010.

Square Rakóczi et sa stèle dans la commune de Yerres.

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